L’impact des Croyances Auto-Réalisatrices sur les Pratiques de Management

« Le réel n’est que la somme de nos expériences »
Giambattista Vico (1668-1744)

L’être humain modifie le monde dont il est partie prenante (Popper, 1979). La subjectivité de l’homme est une partie de la réalité dans laquelle il se trouve et qu’il tâche de rendre objective pour fonder sa connaissance ou son action.
Comme le soulignait Kant (1787), nous jugeons du réel à partir des phénomènes que nous en percevons, en deçà d’un monde nouménal qui ne nous est pas directement accessible. Notre objectivité n’est qu’imparfaite, car intérieure à la pensée. C’est un monde d’expérience. Nous construisons des modèles partiels d’une réalité que nous contrôlons en la réduisant, dans un jeu toujours relatif et provisoire (Ashby, 1958)2. Nos interprétations actives deviennent notre réalité3.
Dès lors, les croyances ont une grande importance. Elles aident à compléter le réel connu (ou probable) par des représentations porteuses de sens. Les moins heu-reuses prétendent à la connaissance, rassurent les convictions ou installent des préjugés qui déforment le potentiel d’action. Les plus ouvertes ont un sens actif. Elles se savent provisoires et continuent d’interroger. Elles suscitent la volonté d’apprentissage ou le besoin d’activité.
Notre but, ici, n’est pas de détailler les jeux subjectifs de la conscience humaine. Il n’est pas d’inventorier ses faiblesses : une centration sur soi, une contamination par les émotions, une préférence cognitive pour la crédulité. Rappelons seulement, à ceux qui parlent avec aplomb de rationalité, combien l’homme est ca-pable de désordres internes, combien il sait garder en lui de savoirs contradictoires en laissant la survie ou l’émotion submerger sa pensée.
Ce qui nous intéresse ici, c’est le destin des croyances actives, celles qui prévoient et agissent en conséquence. Nous les étudierons à partir de leur degré d’implication opérationnelle et de leur réalisme initial.